Le temps de la lenteur

Le lent imaginé veut aussi son excès. le lent est imaginé dans une exagération de la lenteur, l'être imaginant jouit non pas de la lenteur, mais de l'exagération du ralentissement.

Voyez comme ses yeux brillent, lisez sur son visage la joie fulgurante d'imaginer la lenteur, la joie de ralentir le temps, d'imposer au temps un avenir de douceur, de silence, de quiétude. Le lent reçoit ainsi a sa façon les signes du trop, le sceau même de l'imaginaire. Il suffit de trouver la pâte qui substantialise cette lenteur coulue, cette lenteur rêvée, cette lenteur exagérée

Gaston Bachelard. La terre et la rêverie de la volonté.

 

L'imagination a besoin d'un allongement, d'un ralenti. Et en particulier, plus que tout autre,

l'imagination de la matière nocturne a besoin de lenteur.

 

Gaston Bachelard. L'Air et les Songes.

 

Travail sur le temps, dans le temps, les dessins se construisent lentement de manière complètement aléatoire.

Action dans le temps, rythme donné par un lent processus de dessin, étrangement caractérisé par une rapidité d'exécution immédiate. Les intervalles, les espaces entre les points et l’espace entre le spectateur et l’oeuvre deviennent des composantes vitales de l’oeuvre, jouant constamment sur la perception.

 

On est en définitive mis en présence de concrétions issues de gestes, de répétition, d’une expérience théoriquement illimitée du temps.

La surface dessinée devient mesure et accumulation du temps dans une idée de flux, de durée. Accumulation d’instants, concentration sur le présent, l’ici et maintenant du faire et du geste de la main qui trace.

Les dessins donnent à voir le temps dans sa profondeur. Ils mesurent le temps ordinaire et le déroulement de l’existence de façon à abolir toute séparation entre le temps de la vie ordinaire et le temps du faire artistique, les laissant se lier et se superposer de manière inextricable.